Coffreur ajustant un panneau de coffrage sur un chantier suisse, casque et gilet, dos droit

Troubles musculo-squelettiques dans la construction : quels gestes de chantier usent, en Suisse ?

Un essai d’exosquelettes sur un chantier valaisan suivi par Canal 9

Le coffreur porte un panneau, le carreleur travaille à genoux. Ce qui manque, c’est le relevé du geste.

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En bref : les troubles musculo-squelettiques dans la construction se traitent geste par geste, pas métier par métier. On relève la structure chargée, puis on choisit le niveau de mesure qui lui répond. NovaFree relève sur le chantier, en tenue. L’équipement porté vient en dernier.

Le problème n’est pas de savoir si le chantier est physique : il est de savoir quel geste charge quelle partie du corps. Coffrage, pose au plafond, travail à genoux, démolition : le geste doit guider la mesure, pas le nom du métier.

En Suisse, le cadre existe : l’OLT 3 demande de protéger la santé et de contrôler l’efficacité des mesures, la Suva documente les charges, et la directive CFST 6508 demande de déterminer les dangers. Vous lirez ici comment relier ces exigences au travail réellement effectué, quel geste charge quelle structure et dans quel ordre agir. La démarche d’ensemble se lit sur la prévention des TMS en entreprise.

Plâtrier posant une plaque au plafond, les deux bras au-dessus des épaules, tête en arrière
Bras levés et tenus : l’épaule travaille dans sa position la moins favorable, et elle ne porte presque rien.

Quels TMS dans ce secteur, en 4 métiers du bâtiment : coffreur, plâtrier, carreleur ou démolisseur ?

Le bâtiment et les travaux publics, le BTP, regroupent des dizaines de métiers sous une même étiquette. En voici quatre, du gros et du second œuvre : sur le terrain, ils n’usent pas les mêmes structures.

Le coffreur travaille penché et porte. Panneaux, étais, banches : la charge est prise bas, souvent sur un sol irrégulier, et le tronc fait office de grue. La zone qui encaisse : le bas du dos.

Au second œuvre, le plâtrier travaille bras levés. Une plaque tenue contre un plafond, la tête en extension, l’épaule au-dessus de l’horizontale, plaque après plaque. Rien ne pèse beaucoup, et c’est la position qui coûte.

Au sol, le carreleur et le chapiste travaillent à genoux. Appui prolongé sur les rotules, flexion complète répétée, et une remise debout qui se répète toute la journée. Ce sont surtout les genoux qui encaissent, puis les hanches.

Le démolisseur tient un outil qui vibre. Marteau-piqueur, burineur, meuleuse : la vibration entre par les mains, la prise se resserre pour tenir l’outil, et l’avant-bras travaille en continu. La sollicitation se concentre sur le poignet, le coude et les doigts.

Les signes d’alerte sont les mêmes partout : une douleur qui reste après la nuit, une perte de force à la prise, un engourdissement au réveil. Les facteurs individuels, l’âge et les antécédents, modulent le moment où ils apparaissent, jamais la cause.

Ailleurs sur le chantier, la logique ne change pas : chaque geste appelle une mesure différente, et le schéma qui suit les met en regard.

Quel geste charge quelle structure ?

Le métier ne dit pas ce qui use, parce qu’un coffreur passe aussi du temps à genoux et qu’un carreleur porte aussi des sacs. Le geste, lui, dit la structure, et la structure dit la mesure.

    1. Ouvrier penché en avant, dos arrondi, saisissant un panneau de coffrage posé au sol sur un chantierLe gesteCoffrageManutention et mise en place d’éléments de coffrage.
    2. Planche anatomique de dos, zone lombaire marquée en rougeCe qu’il chargeLe bas du dosFlexion du tronc, charge tenue loin du corps.
    3. Ouvrier saisissant un panneau de coffrage posé sur un support à hauteur de hanches, dos droitCe qui répondHauteur de priseRemonter le point de prise pour que le dos reste droit.
    1. Ouvrier travaillant au plafond, les deux bras levés au-dessus des épaules, tête en arrièreLe gestePose au plafondTravail au-dessus de la tête, bras levés et tenus.
    2. Planche anatomique du haut du corps, épaule marquée en rougeCe qu’il chargeL’épauleÉlévation prolongée, dans la position la moins favorable.
    3. Ouvrier guidant un outil monté sur un support télescopique en appui au plafond, bras à hauteur d'épauleCe qui répondSupport d’outilFaire porter l’outil par un support plutôt que par le bras.
    1. Carreleur à genoux sur une chape, une main au sol, en train de tirer un peigne à colleLe gesteChape et carrelageTravail à genoux ou en posture basse, prolongé.
    2. Planche anatomique des jambes, les deux genoux marqués en rougeCe qu’il chargeLes genouxAppui direct et répété sur l’articulation.
    3. Ouvrier travaillant debout sur une table de chantier à hauteur de hanches, dos droitCe qui répondPoste relevéRemonter le travail sur une table plutôt que le descendre au sol.
    1. Ouvrier démolissant un mur au marteau-piqueur, les deux mains sur l'outil, poussière de bétonLe gesteDémolitionOutil vibrant tenu à bout de bras, en continu.
    2. Planche anatomique du bras, avant-bras et main marqués en rougeCe qu’il chargeLa main et le brasVibrations transmises et force de maintien.
    3. Deux ouvriers sur un même chantier, l'un au marteau-piqueur, l'autre au balai, flèche de rotation entre les deuxCe qui répondOutil moins vibrant, puis rotationChoisir un outil qui vibre moins, puis alterner les tâches dans la journée plutôt que tenir le poste.
Quatre gestes de chantier, la structure que chacun charge et la mesure ergonomique qui y répond

Sur le chantier, cela change deux choses. Quand le coffreur et le maçon reprennent une charge au sol, le même support, qui remonte la prise, réduit la flexion du dos : c’est le geste qui compte, pas le métier. Et le même collaborateur peut coffrer le matin et poser à genoux l’après-midi : c’est en le regardant travailler qu’on voit ce qui l’use, pas dans un catalogue.

Qu’est-ce qu’un chantier suisse doit pouvoir justifier ?

Pas un achat, une organisation. L’ordonnance sur la prévention des accidents prévoit que celui qui se conforme à la directive de la Commission fédérale de coordination pour la sécurité au travail, la CFST, est présumé avoir satisfait à son obligation de faire appel à des spécialistes.

Cette directive, la 6508, range les travaux qui sollicitent l’appareil locomoteur parmi les dangers particuliers, et elle demande, selon l’effectif et les dangers présents, de justifier l’organisation de la sécurité (directive CFST 6508).

Ce que cela change sur un chantier : un relevé de gestes daté, écrit, et suivi d’une décision vaut justification. Un équipement acheté sans relevé ne documente pas la démarche. Il montre un achat, pas pourquoi cette mesure a été choisie pour ce risque précis.

Des pourcentages français circulent sur la part des troubles dans les maladies professionnelles du bâtiment. Ils ne valent pas en Suisse, où la reconnaissance suit d’autres règles. Les obligations suisses se lisent sur les obligations MSST de l’employeur.

Quelles solutions dans cet environnement de travail ?

Dans l’ordre de la hiérarchie STOP des mesures, et chaque niveau reprend une colonne du schéma.

La hauteur de prise se corrige d’abord par l’organisation. Stocker les éléments sur des chevalets plutôt qu’au sol, livrer au bon étage, préparer les banches à hauteur de hanche : c’est de l’approvisionnement, et cela se décide au planning du chantier.

Quand les bras montent, le support doit prendre le relais. Lève-plaque, perche de vissage, échafaudage réglé à la bonne hauteur plutôt qu’une nacelle prise au plus vite. L’épaule redescend, et le geste devient tenable.

Quand le corps descend, le poste doit remonter. Relever la zone de travail évite de maintenir les genoux au sol lorsque la tâche le permet. Quand ce n’est pas possible, l’alternance réduit le temps passé dans la même posture. Les genouillères viennent après : elles répartissent l’appui sur le genou, elles ne suppriment pas la contrainte.

L’équipement porté arrive en dernier, et son adhésion se mesure. Sur un chantier valaisan, onze utilisateurs ont rempli un questionnaire de pénibilité avant puis après six semaines de port : le soulagement ressenti moyen s’établit à 27 % (Canal 9, 30 octobre 2025). Ce sont des ressentis mesurés en situation, et non une promesse de résultat.

Un autre chiffre mérite d’être connu, parce qu’il baisse. En France, une étude a suivi 161 professionnels du bâtiment pendant six à douze mois : l’avis favorable sur l’équipement passe de 90 % avant usage à 75 % après usage (étude Hilti, OPPBTP et ITMP, 2025, France).

Le Secrétariat d’État à l’économie, le SECO, range l’exosquelette parmi les mesures Personnelles au sens du principe S-T-O-P (SECO, brochure exosquelettes 2025, p. 5). Le versant équipement se lit sur l’exosquelette sur un chantier du bâtiment.

Par où commencer sur un chantier qui change tous les trois mois ?

Par le geste, pas par le lieu. Le chantier change, le geste revient.

  1. Relever les quatre gestes dominants de votre activité, une fois, par écrit. Ils suivront vos équipes d’un chantier à l’autre.
  2. Traiter l’approvisionnement avant l’outillage : où la charge est posée décide de la hauteur à laquelle on la prend.
  3. Donner un support là où les bras montent, et l’essayer sur une semaine avant de l’acheter en série.
  4. Ne décider de l’équipement porté qu’ensuite, avec ceux qui le porteront, et mesurer l’avis avant et après.

Nicolas Wüst et Nadja Broquet viennent sur le chantier, pendant le travail. Le relevé conclut parfois qu’il suffit de changer l’endroit où le matériel est déposé : une mesure simple, dont le principe reste valable d’un chantier à l’autre.

Nicolas Wüst, fondateur de NovaFree

Nicolas Wüst · Fondateur & CEO · Suisse romande

Vos équipes méritent mieux qu’une promesse de catalogue : des solutions qui tiennent à leur poste, dans leurs cadences. C’est ma conviction depuis mes années d’industrie, et c’est pour ça que NovaFree existe. Mon parcours sur LinkedIn

Nadja Broquet, ergonome NovaFree pour la Suisse alémanique

Nadja Broquet · Ergonome, santé au travail · Suisse alémanique

La santé au travail est un levier de performance et de pérennité pour les équipes. C’est ma conviction, et elle guide chaque poste que j’analyse, en français comme en allemand. Mon parcours sur LinkedIn

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Nicolas Wüst : 079 244 24 26
Nadja Broquet: 078 912 12 89

Vos questions

Que signifie l’abréviation TMS dans le bâtiment ?

Troubles musculo-squelettiques. L’abréviation désigne les atteintes des muscles, des tendons, des nerfs et des articulations entretenues par le travail dans les métiers du bâtiment.

Quels sont les troubles les plus fréquents sur un chantier ?

Ils suivent le geste dominant du poste. Le bas du dos chez ceux qui portent et se penchent, l’épaule chez ceux qui travaillent bras levés, les genoux chez ceux qui travaillent au sol, le poignet et le coude chez ceux qui tiennent un outil vibrant. Un même collaborateur peut cumuler plusieurs gestes au cours de la journée.

Un exosquelette est-il adapté au chantier ?

Parfois, et jamais en premier. L’adhésion se mesure : sur un chantier valaisan, onze utilisateurs ont rempli un questionnaire de pénibilité avant puis après six semaines de port, et le soulagement ressenti moyen déclaré s’établit à 27 % de points de pénibilité en moins sur ce questionnaire. Ce sont des ressentis mesurés en situation, et non une promesse de résultat. La poussière, la chaleur et les équipements déjà portés se testent au poste réel.

La Suva impose-t-elle un équipement contre les troubles musculo-squelettiques ?

Non, aucun texte ne l’impose. Ce qui est exigé, c’est de protéger la santé et de pouvoir justifier son organisation de la sécurité. Un relevé daté, suivi d’une décision, répond à cette exigence ; un achat sans relevé n’y répond pas.