
Mécanisme des troubles musculosquelettiques : comment un TMS s’installe au travail, en Suisse
Terrain suivi par RTS · Canal 9 · Blick · La Gruyère
Entre ce que le geste coûte et ce que la nuit répare, il y a un rapport : c’est lui qui décide, pas le poids.
✓ Analyse du geste avant toute proposition d’équipement · ✓ Cinq tissus décrits, et ce qui met chacun en tension · ✓ Réponse sous 48 h ouvrées
En bref : un trouble musculo-squelettique ne vient pas d’un effort, il vient d’un déséquilibre. D’un côté ce que le geste coûte, de l’autre ce que le corps répare entre deux journées. NovaFree regarde ce rapport, pas le seul poids. Tant qu’il tient, rien ne se voit.
L’ordonnance 3 relative à la loi sur le travail demande d’organiser le travail et d’équiper les postes pour éviter le déplacement manuel de charges. Elle n’explique pas pourquoi.
Le pourquoi se lit dans un atelier avant de se lire dans un dossier médical. Cette page suit ce que la répétition fait à un tendon, à une gaine, à un nerf, puis dit à quel moment la réparation ne suit plus. Elle prolonge la prévention des TMS en entreprise et parle des troubles musculo-squelettiques, les TMS, avant qu’ils ne portent un nom.
Qu’est-ce qui se passe dans le corps quand le même geste revient ?
Rien, pendant longtemps. C’est ce qui rend ce mécanisme difficile à voir, et ce qui fait qu’on le découvre par un certificat plutôt que par une observation.
Un geste de travail met un tissu en tension, puis le relâche. Le tissu encaisse, puis il répare, et il répare surtout au repos. Tant que la réparation suit, le même geste se fait pendant des années sans rien dire.
Quand elle ne suit plus, l’installation se fait en quatre temps, et c’est le troisième qu’on rate.
Les quatre temps, dans l’ordre où ils arrivent
- Sur-sollicitation. Le même tissu travaille plus souvent, plus fort ou plus longtemps que d’habitude. Rien ne se voit encore.
- Déficit de récupération. La réparation ne suit plus le rythme. C’est le temps que personne ne remarque, et le seul où tout est encore réversible sans soin.
- Inflammation. Le tissu réagit. La douleur apparaît d’abord à l’effort, puis au repos, puis la nuit.
- Chronicité. La douleur s’installe et le geste se modifie pour l’éviter, ce qui déplace la contrainte sur un autre tissu.
Pourquoi la récupération pèse-t-elle autant que la charge ?
Parce qu’elle est la moitié du rapport, et la seule moitié sur laquelle une organisation a prise tous les jours.
Les gestes répétitifs sont la règle, pas l’exception. Le Secrétariat d’État à l’économie, le SECO, le mesure : 62,1 % des salariés effectuent des mouvements répétitifs de la main ou du bras au moins un quart de leur temps de travail (SECO, Sélection de résultats issus de l’Enquête suisse sur la santé 2022, 2024, tableau 1 p. 11, salariés hors agriculture, n = 11 099).
L’instrument fédéral d’évaluation des risques biomécaniques le range d’ailleurs en dernier, comme le point où tout se joue : « Pour finir, on évalue les possibilités de récupération » (SECO, guide d’utilisation de l’instrument, 2024).
Ce qui fait varier cette moitié n’a rien de médical : la durée d’exposition réelle, l’alternance entre deux gestes différents, la place des pauses dans la journée. Ce sont des grandeurs de planning. Elles se lisent dans l’ergonomie du poste de travail, pas dans un cabinet.

Quels tissus encaissent, et comment cèdent-ils ?
Cinq tissus, et chacun cède à sa manière.
Le tendon souffre de la répétition et de l’effort maintenu. La gaine qui l’entoure s’irrite quand il coulisse trop, trop vite. Le nerf souffre de la compression dans un passage étroit, au poignet ou au coude.
La bourse séreuse s’enflamme sous une pression constante, au genou ou à l’épaule. Le muscle, lui, fatigue et laisse les autres encaisser à sa place.
Ces cinq voies expliquent pourquoi deux personnes au même poste n’ont pas la même atteinte. Le nom que prend chacune se lit sur ce qu’est un TMS, exactement.
Aucune de ces voies ne commence par une blessure. Toutes commencent par une journée ordinaire.
À quel moment la douleur devient-elle une lésion durable ?
Le signal qui compte n’est pas l’intensité. C’est la persistance.
Une douleur qui suit l’effort et disparaît au repos décrit une fatigue. Une douleur qui est encore là le lundi matin décrit autre chose : la réparation a pris du retard.
Et la contrainte qui produit ce retard est banale. 46,7 % des salariés déclarent des positions douloureuses ou fatigantes pendant au moins un quart de leur temps de travail (SECO, 2024, tableau 1 p. 11).
Il n’existe pas de délai publié. Ce qui se mesure, en revanche, c’est la contrainte : c’est le rôle des méthodes d’évaluation ergonomique, poste par poste.
Que change ce mécanisme pour une entreprise suisse ?
Il déplace la question. On cesse de chercher quel poids est de trop et on cherche quel rapport ne tient plus.
C’est d’ailleurs la logique de l’ordonnance 3 relative à la loi sur le travail, qui demande à l’employeur, dans son article consacré aux charges, des mesures d’organisation et des équipements adéquats pour éviter le déplacement manuel, puis des moyens appropriés quand il reste manuel. L’organisation vient avant l’équipement, dans le texte comme dans le corps.
Sur le terrain, Nicolas Wüst relève d’abord la durée d’exposition réelle, puis l’alternance, puis la place des pauses. Le reste vient après, et dans un ordre écrit : la hiérarchie STOP, du premier au dernier niveau.
Une dernière chose, et elle invite à la prudence. Sur mandat du SECO, l’institut de physiothérapie de la ZHAW a passé en revue 1 462 articles pour n’en retenir que 37 (2024). La littérature est mince. C’est une raison de mesurer chez vous plutôt que de copier le cas d’un autre.
Nicolas Wüst · Fondateur & CEO · Suisse romande
Vos équipes méritent mieux qu’une promesse de catalogue : des solutions qui tiennent à leur poste, dans leurs cadences. C’est ma conviction depuis mes années d’industrie, et c’est pour ça que NovaFree existe. Mon parcours sur LinkedIn
Nadja Broquet · Ergonome, santé au travail · Suisse alémanique
La santé au travail est un levier de performance et de pérennité pour les équipes. C’est ma conviction, et elle guide chaque poste que j’analyse, en français comme en allemand. Mon parcours sur LinkedIn
Parlons de vos postes de travail
ou appelez
Nicolas Wüst : 079 244 24 26
Nadja Broquet: 078 912 12 89
Vos questions sur le mécanisme des TMS
Quels sont les facteurs favorisant l’apparition d’un trouble musculo-squelettique ?
Quatre familles, et elles agissent ensemble : le geste, l’organisation, l’environnement physique et la personne. Leur classement détaillé appartient à la page consacrée aux facteurs de risque des TMS. Ici, ce qui compte est le rapport qu’ils déplacent tous : la charge d’un côté, la récupération de l’autre.
Comment se manifestent les troubles musculo-squelettiques ?
Par une douleur qui change d’horaire. D’abord pendant l’effort, puis après, puis la nuit. S’y ajoutent une raideur au démarrage, une perte de force, parfois des fourmillements. Le passage de la douleur d’effort à la douleur de repos est le signal qui compte.
Un trouble musculo-squelettique peut-il disparaître ?
Cela dépend du temps qu’on a laissé passer, et cette réponse appartient à un médecin, pas à une page web. Ce que nous pouvons dire, c’est l’autre moitié du problème : tant que le geste qui a produit l’atteinte n’a pas changé, le corps répare contre le travail.
Combien de temps faut-il pour qu’un TMS s’installe ?
Il n’existe pas de durée standard. Cela dépend du tissu, du geste, de la fréquence et du temps de récupération. Un relevé daté au poste dit où vous en êtes ; un chiffre général ne le dira jamais.