
Équipement de protection individuelle et TMS : ce que le niveau personnel peut, et ce qu’il ne peut pas, en Suisse
Terrain suivi par La Télé · Blick · Terre & Nature · Les Echos
Un fournisseur vous propose des genouillères contre les TMS : voici ce qu’elles font, et ce qu’elles ne font pas.
✓ Le port reste volontaire, et arrêter se consigne comme un résultat · ✓ Dix points vérifiables devant le poste, sans nous · ✓ Réponse sous 48 h ouvrées
En bref : aucun équipement de protection individuelle ne prévient un trouble musculo-squelettique, un TMS. Genouillères, ceintures et semelles accompagnent un effort ; elles ne changent ni la charge, ni la fréquence, ni la récupération. NovaFree part du poste. L’équipement porté vient en dernier.
Un fournisseur vous propose des genouillères et une ceinture lombaire contre les troubles musculo-squelettiques, les TMS, et vous ne savez pas quoi en penser. La question est légitime, et la réponse est nuancée.
Cette page traite un seul niveau, le dernier : celui qui protège la personne. L’ordre complet des mesures se lit sur la hiérarchie STOP ; ici, on dit ce qu’un équipement porté fait réellement, ce qu’il ne fait pas, et comment vérifier où vous en êtes.
Sur cette page :
- Qu’est-ce qu’une mesure personnelle, et qu’est-ce qu’un EPI ?
- Un équipement de protection individuelle prévient-il un TMS ?
- Quels équipements portés existent, et que font-ils réellement ?
- Un exosquelette est-il un équipement de protection individuelle ?
- Comment vérifier où vous en êtes ?
- Que demande la loi suisse au niveau personnel ?
Qu’est-ce qu’une mesure personnelle, et qu’est-ce qu’un EPI ?
Deux notions voisines, et les confondre coûte une décision d’achat.
Une mesure personnelle est tout ce qui agit sur la personne plutôt que sur le travail : ce qu’elle porte, ce qu’on lui apprend, ce qu’on surveille chez elle. C’est le dernier niveau du principe S-T-O-P, celui qui arrive quand les trois autres ont donné ce qu’ils pouvaient.
Un équipement de protection individuelle, lui, est une catégorie juridique. En Suisse, elle relève de l’ordonnance sur la sécurité des équipements de protection individuelle, qui transpose à l’identique le règlement européen correspondant. Casque, lunettes, gants de coupe, chaussures de sécurité, harnais antichute : tous protègent d’un événement.
D’où la ligne de partage : tout EPI est une mesure personnelle, mais toute mesure personnelle n’est pas un EPI.
Un équipement de protection individuelle prévient-il un TMS ?
Non.
La raison tient en une phrase. Un EPI protège d’un événement : un choc, une projection, une chute, une coupure. Il s’interpose entre le corps et quelque chose qui arrive d’un coup. Un trouble musculo-squelettique n’est pas un événement, c’est un cumul : une charge répétée, une posture tenue, une récupération qui ne suit plus.
Rien de ce qu’on porte ne réduit ce cumul. Un équipement porté peut soulager un symptôme, rappeler une posture, répartir un appui. Il ne change ni le poids, ni la fréquence, ni le temps de récupération.
Ce qui change ces trois grandeurs se trouve aux niveaux précédents, décrits sur les pages équiper les postes : les mesures techniques et organiser le travail pour prévenir les TMS. Le niveau personnel traite ce qui reste après eux, pas à leur place.

Quels équipements portés existent, et que font-ils réellement ?
Cinq familles reviennent dans les catalogues, et chacune mérite une phrase juste.
Une genouillère répartit la pression sur le genou : c’est une vraie réponse à une contrainte de pression constante, et elle ne change rien au fait de travailler à genoux. Une ceinture de maintien lombaire rappelle une position et limite l’amplitude : elle accompagne un effort, elle ne le réduit pas.
La semelle et la chaussure jouent sur la station debout prolongée et sur le sol. Le gant antivibratile n’amortit presque rien en dessous de 150 Hz, la plage des outils à percussion comme le marteau-piqueur ou le marteau burineur, et un peu au-delà, avec une meuleuse ; il protège surtout du froid, qui aggrave les troubles (Suva, Les vibrations, un facteur de risque).
L’appui assis-debout, lui, n’est déjà plus un équipement porté : c’est du mobilier, donc une mesure technique.
Aucun de ces cinq n’est présenté par la Suva ou par le SECO comme une mesure de prévention des TMS. Ils soulagent, ils n’empêchent pas.
Un exosquelette est-il un équipement de protection individuelle ?
Non, et la réponse tient en trois faits.
Le premier : le Secrétariat d’État à l’économie, le SECO, écrit que le potentiel de protection des exosquelettes n’est pas suffisamment démontré et qu’ils ne sont pas considérés, à ce jour, comme des équipements de protection individuelle.
Ensuite : il les classe parmi les mesures personnelles au sens du principe S-T-O-P, en recommandant de privilégier d’abord les autres mesures. Ce sont donc des équipements d’assistance physique, pas des protections.
Reste le fait le plus concret pour une décision d’achat. Un exosquelette redistribue un effort, et cette redistribution a un prix : « Des études montrent toutefois qu’il peut également augmenter l’effort musculaire d’autres muscles » (SECO, Travail et santé, 2025).
Il complète les mesures techniques et organisationnelles : il ne les remplace pas. Le cadre normatif complet se lit sur ce que les normes disent de l’exosquelette, et les modèles sur exosquelette professionnel : le guide.
Comment vérifier où vous en êtes ?
En regardant le poste, pas le catalogue. Dix points suffisent, et ils se vérifient sans nous.
Dix points à vérifier devant le poste
Cochez ce que vous constatez vous-même, devant le poste, sans nous. Chaque ligne s’observe en moins d’une minute.
Points construits sur l’ordre des mesures du principe S-T-O-P et sur les exigences générales de l’ordonnance sur la prévention des accidents en matière d’équipements de travail.
Une case non cochée n’est pas une faute : c’est un point à reprendre, dans l’ordre. Les quatre premières lignes comptent plus que les six suivantes : elles décrivent ce qui aurait dû être fait avant tout achat.
Que demande la loi suisse au niveau personnel ?
La loi ne choisit pas l’équipement à votre place : elle fixe les conditions de son emploi.
L’ordonnance sur la prévention des accidents pose la règle générale des équipements de travail : ils ne peuvent être employés que dans la mesure où ils ne mettent pas en danger la santé des travailleurs quand ils sont utilisés avec soin et conformément à leur destination. Un équipement mal réglé ou détourné de son usage sort de cette règle.
Deux conséquences pratiques. L’employeur fournit : un équipement acheté par la personne à ses frais n’est pas une mesure de prévention. Et le port reste volontaire : un arrêt en cours d’essai se consigne comme un résultat, jamais comme un échec. Le cadre entier se lit sur agir contre les TMS au travail.
Nicolas Wüst commence par les trois niveaux précédents. Quand la réponse est qu’il n’y a rien à porter, c’est celle-là qui est écrite.
Nicolas Wüst · Fondateur & CEO · Suisse romande
Vos équipes méritent mieux qu’une promesse de catalogue : des solutions qui tiennent à leur poste, dans leurs cadences. C’est ma conviction depuis mes années d’industrie, et c’est pour ça que NovaFree existe. Mon parcours sur LinkedIn
Nadja Broquet · Ergonome, santé au travail · Suisse alémanique
La santé au travail est un levier de performance et de pérennité pour les équipes. C’est ma conviction, et elle guide chaque poste que j’analyse, en français comme en allemand. Mon parcours sur LinkedIn
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Vos questions sur l’équipement porté et les TMS
Quels sont les 3 types d’EPI ?
Le droit européen, repris en Suisse, les range en trois catégories selon la gravité du risque : risques mineurs, risques intermédiaires, risques mortels ou irréversibles. Tous protègent d’un événement ponctuel. Aucune de ces trois familles n’a été conçue pour un trouble qui se construit par cumul, ce qui explique qu’aucune ne figure dans les recommandations de prévention des TMS.
Une ceinture lombaire protège-t-elle le dos ?
Elle rappelle une position et limite une amplitude : c’est utile, et ce n’est pas une protection. Elle ne réduit ni le poids soulevé ni le nombre de fois. Portée à la place d’une aide mécanique qui était installable, elle déplace le problème ; portée en plus, sur un poste déjà traité, elle a sa place.
Faut-il fournir des EPI contre les TMS ?
La question est mal posée, et c’est une bonne nouvelle. Il n’existe pas d’EPI contre les TMS. Ce qui se fournit, ce sont des équipements qui soulagent une contrainte précise et identifiée, après que les mesures techniques et organisationnelles ont donné ce qu’elles pouvaient. Commencer par le catalogue revient à payer deux fois.