Cariste manœuvrant un transpalette devant un quai de chargement dans un entrepôt vaudois

Troubles musculo-squelettiques dans la logistique : quels gestes usent sur un quai suisse ?

Des essais d’exosquelettes racontés par La Gruyère, la RTS et Canal 9

Vos caristes s’arrêtent deux jours, reviennent, repartent. Personne ne sait dire quel geste use.

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En bref : les troubles musculo-squelettiques dans la logistique se construisent par répétition. 88 % des personnes interrogées en Suisse ont souffert de douleurs dorsales ou de contractures sur douze mois (Ligue suisse contre le rhumatisme, 2020). NovaFree relève le geste sur le quai. L’équipement porté vient en dernier.

Ils ont mal au dos, et personne ne porte de charge exceptionnelle. Le constat revient sur les quais vaudois comme sur les plateformes fribourgeoises. Il est exact, et c’est ce qui le rend trompeur : la charge unitaire a baissé, la fréquence a monté.

Nous nommons ici les gestes qui usent dans un entrepôt, métier par métier : le cariste, le préparateur de commandes, le chauffeur-livreur. Vous y lirez les exigences du droit fédéral, et dans quel ordre agir. La démarche d’ensemble se lit sur la prévention des TMS en entreprise.

Que veut dire TMS quand on parle de santé au travail, et pas de logiciel ?

Trois lettres, deux métiers qui ne se parlent pas. Pour le service informatique d’un transporteur, un TMS est un Transport Management System, le logiciel qui planifie les tournées. Pour le service sécurité, ce sont les troubles musculo-squelettiques, les atteintes des muscles, des tendons et des nerfs entretenues par le travail.

La confusion n’est pas anecdotique : en ligne, la question la plus posée reste celle du logiciel, et les premières réponses viennent d’éditeurs. Un responsable d’exploitation qui cherche des réponses sur la santé de ses équipes tombe sur des comparatifs de progiciels.

Ici, seul le second sens nous occupe. Le mot ne désigne pas une maladie unique : c’est une famille d’atteintes, du tendon de l’épaule qui s’enflamme au nerf du poignet comprimé. Elles s’installent quand le même geste revient trop souvent, trop vite, ou trop loin du corps. Le détail se lit sur la définition d’un trouble musculo-squelettique.

Préparatrice de commandes fléchie devant un rack bas, un carton tenu à bout de bras dans un entrepôt vaudois
Sous le premier niveau de rack, le dos fait le travail du chariot. C’est le geste qui revient le plus.

Quels TMS dans ce métier : cariste, préparateur de commandes ou chauffeur-livreur ?

Trois métiers partagent un bâtiment et n’usent pas les mêmes structures. Les confondre, c’est acheter un équipement pour la mauvaise personne.

Le cariste travaille assis, et c’est là sa contrainte. Le siège transmet les secousses du sol, les joints de dalle et les rampes de quai. La marche arrière impose une torsion du buste maintenue, parfois des centaines de fois par poste, et chaque descente de cabine est un petit saut. Ce qui se plaint : les lombaires et la nuque.

Devant son rack, le préparateur de commandes plie et se relève, des centaines de fois, sans jamais porter plus de quelques kilos. Le picking sous le premier niveau demande une flexion complète, souvent avec une rotation parce que le rolls est derrière. La prise au-dessus de l’épaule, elle, fait travailler le tendon dans sa position la plus fragile. Ce qui se plaint : les lombaires, les épaules, les poignets.

Sur la route, le chauffeur-livreur affronte l’imprévu d’autrui. Le hayon règle la hauteur, pas le dernier mètre : un seuil, trois marches, un ascenseur en panne, un diable qui ne passe pas. La charge est connue, l’environnement ne l’est jamais. Ce qui se plaint : le dos, les genoux, les épaules.

Les gestes ci-dessus viennent de relevés faits en entreprise par NovaFree, sur des quais en activité, et non d’une enquête publiée. Chacun appelle une mesure différente.

Depuis quand le port de charges est-il encadré et mesuré en Suisse ?

La question revient à chaque discussion de budget : est-ce un sujet neuf ? Non. La règle a trente ans, le contrôle presque vingt, et la mesure de population est refaite régulièrement. Ce qui manque n’est pas la connaissance, c’est le relevé de votre quai.

Le port de charges en Suisse, de 1993 à 2024 1993 La règle article Charges 2006 Le contrôle appel aux spécialistes 2020 Le dos du pays enquête de la Ligue 2024 Les épaules enquête fédérale
Quatre dates, quatre sources. 1993, ordonnance 3 relative à la loi sur le travail, article 25. 14 décembre 2006, directive CFST 6508. 2020, Rapport sur le dos de la Ligue suisse contre le rhumatisme. 2024, enquête du SECO sur les conditions de travail.

En 1993, l’ordonnance 3 relative à la loi sur le travail consacre un article entier aux charges. Elle demande d’éviter le déplacement manuel par l’organisation et l’équipement, de fournir des moyens appropriés lorsqu’il reste manuel, d’informer sur les risques et les techniques, et d’informer sur le poids des charges et sa répartition (OLT 3, art. 25).

Le 14 décembre 2006, la Commission fédérale de coordination pour la sécurité au travail, la CFST, adopte sa directive 6508 : elle concrétise l’obligation de faire appel à des spécialistes de la sécurité. Elle est toujours en vigueur, dans son état du 23 octobre 2025, et son annexe range les travaux qui sollicitent l’appareil locomoteur parmi les dangers particuliers (directive CFST 6508).

En 2020, une enquête change l’échelle du sujet : 88 % des personnes interrogées en Suisse ont souffert de douleurs dorsales ou de contractures au cours des douze derniers mois (Ligue suisse contre le rhumatisme, Rapport sur le dos 2020). Ce n’est pas une statistique d’entrepôt, c’est le fond sur lequel un entrepôt recrute.

En 2024 enfin, le Secrétariat d’État à l’économie, le SECO, publie les résultats de l’enquête suisse sur la santé de 2022 : 19 % des salariés déclarent des douleurs aux épaules liées au travail, en hausse de 3 points depuis 2012 (SECO, Enquête suisse sur la santé 2022). Sur un quai, l’épaule est la structure du picking haut.

Que demande le droit suisse à un entrepôt ?

Des mesures, pas un achat. Aucune ordonnance fédérale ne prescrit un modèle de transpalette ni un équipement porté. Ce qui est exigé, c’est d’éviter le déplacement manuel quand il peut l’être, et de le rendre supportable quand il reste.

Le quatrième alinéa de l’article 25 de l’OLT 3 est celui qu’un entrepôt oublie le plus souvent : il porte sur l’information sur le poids des charges et sur sa répartition.

Un colis dont la masse n’est pas lisible se prend en force, par précaution, et c’est cette force qui abîme les épaules. Marquer le poids, et dire de quel côté le colis se tient, ne coûte rien et change la prise.

La directive de 2006 ajoute l’autre versant. Selon l’effectif et les dangers présents, l’entreprise doit pouvoir justifier son organisation de la sécurité et le recours à des spécialistes. L’ensemble des obligations se lit sur les obligations MSST de l’employeur.

Une conséquence pratique, et elle est rassurante : puisque la loi demande des mesures adaptées à votre exploitation, et non un équipement précis, un relevé daté vaut mieux qu’un achat. Il montre ce qui a été regardé, quand, et ce qui a été décidé ensuite. Un inspecteur demande exactement cela, et le relevé évite d’équiper au hasard.

Un point reste hors de ce périmètre, et autant le dire ici : la reconnaissance d’un trouble déjà installé comme maladie professionnelle. C’est une autre procédure, avec ses propres seuils, et elle se règle avec l’assureur, pas avec un fournisseur d’équipement.

Quelles solutions dans cet environnement de travail ?

Dans l’ordre, et l’ordre n’est pas décoratif. On supprime ce qui peut l’être, on équipe la tâche, on réorganise, et l’équipement porté arrive en dernier. C’est la hiérarchie STOP, et elle reprend un par un les trois gestes décrits plus haut.

La flexion du préparateur se supprime avant de s’équiper. Remonter le niveau bas des racks, sortir les références lourdes des extrêmes, poser le rolls face à la prise plutôt que derrière : la rotation peut disparaître sans rien acheter.

La torsion du cariste se traite par le plan de circulation, pas par le dos. Un sens qui réduit les marches arrière, un siège entretenu, des jonctions de dalle reprises : la contrainte baisse à la source. Les familles d’équipement se lisent sur les mesures techniques de prévention.

Le dernier mètre du livreur se prépare en amont. Connaître l’accès avant la tournée, fractionner un colis lourd à la préparation, embarquer le diable qui passe : ce sont des décisions d’organisation, prises à l’entrepôt, qui se paient ou s’économisent chez le client.

Et la conduite ? Elle relève d’une autre page. Les vibrations transmises au corps entier et la position assise prolongée se traitent sur les troubles musculo-squelettiques chez les conducteurs, parce que les mesures n’y sont pas les mêmes.

L’exosquelette vient après ces trois-là. Le SECO le dit sans détour : l’exosquelette n’est qu’une mesure complémentaire, à la portée limitée (SECO, Les exosquelettes et la prévention des atteintes à la santé au travail, 2025, p. 9). Il complète les mesures techniques et organisationnelles, il ne les remplace pas. Le versant équipement se lit sur l’exosquelette en logistique.

Par où commencer sur un quai, concrètement ?

Par le geste le plus fréquent, jamais par le plus spectaculaire.

  1. Compter les reprises, pas les kilos. Sur une heure de préparation, relever combien de fois la charge passe sous le genou ou au-dessus de l’épaule. Le nombre surprend presque toujours.
  2. Marquer le poids des colis et la façon de les tenir. C’est une obligation, et c’est la mesure la moins chère de la liste.
  3. Regarder ce qui se supprime avant ce qui s’achète : hauteur de prise, place du rolls, sens de circulation, fractionnement à la préparation.
  4. Ne décider de l’équipement porté qu’ensuite.

Nicolas Wüst fait ce relevé sur votre quai, pendant l’exploitation, sans arrêter la préparation. La visite se cale sur vos créneaux, y compris tôt le matin, y compris la nuit si c’est la nuit que le quai tourne. Et le relevé peut conclure qu’aucun équipement n’est nécessaire : c’est une réponse utile, et elle évite un achat.

Nicolas Wüst, fondateur de NovaFree

Nicolas Wüst · Fondateur & CEO · Suisse romande

Vos équipes méritent mieux qu’une promesse de catalogue : des solutions qui tiennent à leur poste, dans leurs cadences. C’est ma conviction depuis mes années d’industrie, et c’est pour ça que NovaFree existe. Mon parcours sur LinkedIn

Nadja Broquet, ergonome NovaFree pour la Suisse alémanique

Nadja Broquet · Ergonome, santé au travail · Suisse alémanique

La santé au travail est un levier de performance et de pérennité pour les équipes. C’est ma conviction, et elle guide chaque poste que j’analyse, en français comme en allemand. Mon parcours sur LinkedIn

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Vos questions

Un TMS en logistique, est-ce un logiciel ou une maladie professionnelle ?

Les deux, et c’est toute la difficulté. Transport Management System désigne un logiciel de planification des transports. Troubles musculo-squelettiques désigne les atteintes des muscles, des tendons et des nerfs entretenues par le travail. Seul le second sens nous occupe ici.

Quel métier de l’entrepôt est le plus exposé aux troubles musculo-squelettiques ?

La question n’a pas de réponse générale. Le cariste subit des secousses et des torsions assis, le préparateur de commandes plie et lève à répétition, le chauffeur-livreur affronte un environnement qu’il ne choisit pas. Trois expositions différentes appellent trois mesures différentes. C’est le relevé du poste qui tranche, pas la statistique de branche.

Faut-il arrêter l’exploitation pour faire relever les gestes ?

Non, le relevé se fait pendant le travail, sur le quai, pas en salle. Il suit les flux réels, y compris les pics du matin et les fins de tournée. La visite se planifie sur vos créneaux, et Nicolas Wüst rappelle sous 48 h ouvrées pour la caler.

Un exosquelette peut-il remplacer un transpalette ou une table élévatrice ?

Non, et le SECO l’écrit. Les exosquelettes ne constituent qu’une mesure complémentaire et restent limités dans leur portée. Ils se placent au niveau des mesures personnelles, après la suppression de la contrainte, l’équipement de la tâche et l’organisation. Ils complètent, ils ne remplacent pas.