Capteurs souples collés sur l'avant-bras d'une opératrice qui travaille, câbles fins le long du bras

Mesure instrumentale de l’effort : que mesure-t-on à un poste, en Suisse ?

Notre démarche présentée dans Les Echos · 24 Heures · Canal 9

Ici, l’effort n’est ni un test à vélo ni un examen médical : c’est ce que le geste demande au muscle.

✓ Chaque chiffre publié porte sa source et sa date ; quand nous ne l’avons pas, nous l’écrivons · ✓ L’équipement n’arrive qu’après la technique et l’organisation · ✓ Réponse sous 48 h ouvrées

En bref : une mesure instrumentale de l’effort enregistre ce qu’une grille d’observation estime : l’activité du muscle, l’angle, la durée. Le SECO vise ce sens-là. NovaFree la pose au poste, pendant le travail réel. Elle objective une contrainte ; elle ne démontre aucune efficacité.

46,7 % des salariés déclarent des positions douloureuses ou fatigantes au moins un quart de leur temps de travail (SECO, 2024). Une déclaration, c’est déjà beaucoup. Ce n’est pas une mesure.

Cette page dit ce qu’un instrument enregistre à un poste, ce qu’il ne dit pas, et quand il vaut la peine. Elle prolonge les méthodes d’évaluation ergonomique, l’une après l’autre, pour prévenir les troubles musculo-squelettiques (TMS). Elle parle de travail, pas de sport ni de médecine.

Qu’est-ce qu’une mesure instrumentale de l’effort au travail ?

Un capteur posé sur le corps qui travaille, et un enregistrement. Rien de plus. L’instrument remplace une estimation par une valeur, sur la durée réelle du geste.

Le même mot sert ailleurs à deux autres choses, et la confusion est réelle. Le test d’effort sportif mesure une capacité physique : watts, consommation d’oxygène, échelle de perception. L’électromyogramme médical explore un nerf ou un muscle chez un patient, en cabinet, sur prescription.

Ici, ni l’un ni l’autre. On ne mesure pas une personne, on mesure un poste. Le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) vise exactement ce sens quand il met à disposition son instrument d’évaluation des risques biomécaniques et son application Ergo-Test, qui portent sur cinq zones du corps : le dos, la nuque, les épaules et les bras, les mains, les hanches et les jambes (SECO, application Ergo-Test).

Pourquoi mesurer quand on peut déjà observer ?

Parce qu’une déclaration répond à une question, et qu’une mesure répond à un geste. Les deux sont utiles. Elles ne disent pas la même chose, et l’écart se voit dès qu’une décision coûte cher.

Une déclaration dépend de la question posée, de la mémoire et du moment. Ce n’est pas un défaut : c’est sa nature, et elle en fait un excellent point de départ. Un capteur, lui, ne se souvient de rien. Il enregistre ce qui s’est passé pendant les quarante minutes où il était collé.

D’où la règle que nous appliquons : une mesure tranche un désaccord, une estimation l’entretient. Tant que personne ne conteste, l’observation suffit et coûte bien moins.

Que mesure l’électromyographie de surface ?

L’activité électrique d’un muscle, pas la force qu’il produit. La nuance décide de tout ce qu’on peut en dire.

Deux électrodes collées sur la peau, au-dessus du muscle visé : le trapèze, les extenseurs du poignet, les érecteurs du rachis. L’enregistrement montre quand le muscle travaille, combien de temps, et s’il redescend au repos entre deux gestes. Cette dernière information est souvent la plus utile : un muscle qui ne redescend jamais fatigue plus vite.

Les limites sont connues et elles se disent. Seuls les muscles superficiels sont accessibles. Le placement des électrodes change le signal. Et deux enregistrements ne se comparent que si le protocole est le même : même personne, même tâche, même durée.

Gros plan sur deux électrodes de surface posées sur un avant-bras, la main tient un outil
Deux électrodes, un avant-bras, un geste réel : la mesure se fait pendant le travail, pas en salle.

Goniométrie et capteurs : que donnent-ils de plus ?

Des angles et des durées, au lieu d’un jugement à l’œil. Un goniomètre électronique suit l’ouverture d’une articulation ; un capteur inertiel suit l’inclinaison d’un segment du corps.

Ce qu’ils apportent n’est pas la précision d’un angle, c’est le cumul : combien de minutes le bras est resté au-dessus de l’épaule, combien de fois le dos est passé sous quarante-cinq degrés. Aucune grille d’observation ne compte ça sur huit heures sans se tromper.

Leur limite est l’inverse de leur force. Un capteur ne sait pas pourquoi le geste est fait ainsi : il faut l’observation et la parole de la personne pour l’apprendre. C’est pourquoi une mesure se pose toujours après un premier relevé, jamais à la place.

Quand la mesure se justifie-t-elle dans une entreprise suisse ?

Dans deux cas, et deux seulement. Une décision coûteuse en dépend. Ou un désaccord persiste sur ce que le poste demande au corps, entre la production, les personnes concernées et la direction.

Le reste du temps, l’observation suffit. Le chemin normal commence plus bas : une appréciation d’ensemble, puis une grille de cotation, puis seulement l’instrument. Ce chemin se lit sur le feuillet Suva 66128, mode d’emploi, et sur la méthode OWAS, que le SECO a placée au fondement de son instrument.

Les deux grilles de cotation que la Suva et le SECO nomment sont, elles, la méthode RULA pour le haut du corps et la méthode REBA pour le corps entier. Elles coûtent une matinée ; un enregistrement coûte bien davantage, et la démarche d’ensemble se lit sur la prévention des TMS au travail.

Un chiffre situe l’enjeu : en 2024, 46 % des entreprises suisses seulement effectuaient régulièrement des évaluations des risques, contre 77 % dans l’UE-27 (SECO, rapport ESENER-4, 2025). La mesure instrumentale n’est pas la première marche. Elle est la dernière, et elle arrive rarement.

Nicolas Wüst pose l’instrument devant le poste, avec les personnes qui y travaillent, et écrit ce qui a été enregistré. Nous contacter au sujet d’un geste précis : nous vous dirons si une mesure a du sens, ou si elle serait un luxe.

Que ne prouve pas la mesure ?

Elle ne prouve aucune efficacité.

Le SECO l’écrit sans détour au sujet des exosquelettes : il n’existe pas de données scientifiques « concluantes indiquant que les exosquelettes entraînent une diminution des douleurs ou des troubles musculosquelettiques » (SECO, 12 juin 2025). Et il ajoute que le dispositif peut augmenter l’effort d’autres muscles, notamment les antagonistes.

Un enregistrement qui montre moins d’activité sur un muscle ne dit donc rien de la santé de la personne. Il dit une chose, une seule : ce muscle-là a moins travaillé ce jour-là, sur cette tâche-là. C’est peu, et c’est déjà mieux qu’une promesse.

Le SECO range d’ailleurs l’exosquelette parmi les mesures Personnelles au sens du principe S-T-O-P, et recommande de privilégier d’autres mesures avant d’y recourir. L’ordre entier se lit sur la hiérarchie STOP, et le cadre réglementaire sur la norme exosquelette et ce qu’elle n’impose pas.

Nous ne publions aucune valeur d’enregistrement : les chiffres qui circulent sur les réductions d’activité musculaire viennent le plus souvent de sources de seconde main.

Nicolas Wüst, fondateur de NovaFree

Nicolas Wüst · Fondateur & CEO · Suisse romande

Vos équipes méritent mieux qu’une promesse de catalogue : des solutions qui tiennent à leur poste, dans leurs cadences. C’est ma conviction depuis mes années d’industrie, et c’est pour ça que NovaFree existe. Mon parcours sur LinkedIn

Nadja Broquet, ergonome NovaFree pour la Suisse alémanique

Nadja Broquet · Ergonome, santé au travail · Suisse alémanique

La santé au travail est un levier de performance et de pérennité pour les équipes. C’est ma conviction, et elle guide chaque poste que j’analyse, en français comme en allemand. Mon parcours sur LinkedIn

Parlons de vos postes de travail

ou appelez
Nicolas Wüst : 079 244 24 26
Nadja Broquet: 078 912 12 89

Vos questions sur la mesure de l’effort au poste

L’électromyographie de surface, est-ce un examen médical ?

Non. L’examen médical, l’électromyogramme, explore un nerf ou un muscle chez un patient, en cabinet, sur prescription. La mesure dont parle cette page se pose sur une personne qui travaille, à son poste, pour décrire le travail. Deux mondes, deux buts, deux professions.

Faut-il arrêter la production pour poser des capteurs ?

Non. La pose prend quelques minutes et l’enregistrement se fait pendant le travail ordinaire. Une mesure prise sur un geste simulé ne vaut rien : c’est justement ce qu’on cherche à éviter.

Une mesure prouve-t-elle qu’un équipement fonctionne ?

Non, et personne ne devrait le prétendre. Le SECO écrit qu’aucune donnée scientifique concluante n’indique une diminution des douleurs ou des troubles musculo-squelettiques avec un exosquelette. Une mesure décrit un muscle, une tâche et un jour. Elle ne décrit pas une santé.

Combien de temps dure un enregistrement au poste ?

Le temps d’une tâche complète, pas davantage. Ce qui compte n’est pas la durée mais la représentativité : si la tâche difficile arrive en fin de série, l’enregistrement doit couvrir la fin de série. Ni la Suva ni le SECO ne fixent de durée.

Peut-on comparer deux mesures faites à six mois d’écart ?

Seulement si le protocole est identique. Même personne, même tâche, même placement des électrodes, même durée. Dès qu’un de ces quatre points change, la comparaison n’a plus de sens, et l’annoncer serait une faute.