Exploitant agricole penché en avant pour reprendre un sac d'aliment posé sur une palette, dans la cour d'une ferme de plaine

TMS agriculture : ce que la taille, la vendange et la traite font au dos, en Suisse

Un exosquelette suivi chez un agriculteur romand par Terre & Nature

L’enquête fédérale sur la santé au travail porte sur les salariés, agriculture exclue.

✓ Relevé dans la vigne, à la saison qui fait mal · ✓ Toutes marques, aucun stock · ✓ Réponse sous 48 h ouvrées

En bref : les TMS en agriculture ne manquent pas de chiffres par hasard. Les enquêtes fédérales ne comptent que les salariés, agriculture et vigne exclues. Ce qui use se nomme sans statistique : la taille bras levés, la caisse reprise en dévers, la traite. NovaFree relève le geste.

Vous cherchez un chiffre suisse qui vous ressemble et vous n’en trouvez pas. Ce n’est pas un oubli, c’est un trou de mesure, et il a trois raisons.

Un domaine ne se pilote pas avec des pourcentages. Les troubles musculo-squelettiques, les TMS, y suivent les saisons. Vous lirez ici lesquels usent, saison par saison, pourquoi les statistiques ne vous voient pas, et ce qui se change sans rien acheter. La démarche d’ensemble se lit sur la prévention des TMS en entreprise.

Quels TMS dans ce métier : taille, vendange, traite ou cueillette en hauteur ?

Quatre saisons, quatre contraintes, et une même personne pour toutes. C’est la différence avec un atelier : sur un domaine, personne ne change de poste.

En février, la taille se fait bras levés, des semaines durant. Le sécateur travaille à hauteur d’épaule ou au-dessus, la main serre des milliers de fois par jour, et le froid raidit le geste. Ce qui se plaint : l’épaule, le coude, le poignet.

En automne, la vendange se reprend au sol, et en pente. Une caisse pleine, un dos qui fléchit, et un dévers qui met un pied plus bas que l’autre. La charge n’est pas énorme ; c’est la position et le nombre qui comptent.

Deux fois par jour, la traite tient l’épaule en l’air et le dos courbé. Le bras se lève sous l’animal, le tronc se penche, et le cycle recommence sans saison creuse.

Et dans votre branche, qu’est-ce qui use ?

Huit branches, huit gestes, et chacun charge autre chose. Le maraîchage use les genoux là où la cave use le bas du dos : c’est la zone qui commande la mesure, pas le métier.

Vendangeuse portant une hotte de vendange pleine sur le dos, remontant un rang de vigne en pente, sans aucun équipement d'assistance
Une vendangeuse remonte le rang, hotte pleine sur le dos.

Viticulture : qu’est-ce qui use dans la vigne ?

La hotte pleine remonte la pente, et le dévers met un pied plus bas que l’autre. Ce sont les lombaires qui paient, et elles paient aussi pour les TMS de la taille et du tirage des bois, qui occupent l’hiver.

Caviste déposant sur un convoyeur une caisse de bouteilles prise sur une palette posée au sol, sans équipement d'assistance
Un caviste reprend une caisse de bouteilles sur une palette posée au sol.

Cave : que font les caisses et les fûts au dos ?

Dépiler une palette, c’est prendre au ras du sol et tourner le tronc pour poser à côté. La flexion et la torsion arrivent ensemble : ce sont les TMS de la manutention des fûts, et ils ne connaissent pas de saison morte.

Arboriculteur taillant une charpentière au-dessus de sa tête, sécateur à deux mains, dans un verger nu en hiver, sans équipement d'assistance
Taille d’hiver dans un verger nu, sécateur à deux mains.

Arboriculture : pourquoi la taille et la cueillette abîment-elles l’épaule ?

Parce que le bras travaille au-dessus de la tête, des heures durant, sécateur en main. La coiffe des rotateurs s’use par le haut : ce sont les épaules à la cueillette en hauteur, et c’est le geste où un exosquelette a le plus de sens.

Maraîcher accroupi en plein champ, plantoir en main, repiquant un jeune plant dans un rang de poireaux, sans équipement d'assistance
Repiquage de poireaux en plein champ, plantoir en main.

Maraîchage : pourquoi le dos n’est-il pas le problème ?

Parce que la contrainte descend sous la ceinture. Accroupi rang après rang, ce sont les genoux du maraîcher qui encaissent, pas les lombaires. Un équipement de dos n’y répond pas, et le dire est plus utile que le vendre.

Éleveur paillant une logette à la fourche dans une étable, les deux bras relevés au-dessus de l'horizontale, sans équipement d'assistance
Paillage d’une logette à la fourche, les deux bras relevés.

Élevage : que coûtent la traite et le paillage à l’épaule ?

Deux fois par jour, sans saison creuse. Le bras passe au-dessus de l’horizontale pour brancher, et le paillage l’y renvoie : ce sont les épaules de l’éleveur à la traite. La hauteur du quai décide plus que l’équipement.

Aviculteur penché en avant pour poser un plateau alvéolé d'œufs sur une pile basse, dans un local de conditionnement, sans équipement d'assistance
Un plateau alvéolé posé sur une pile basse, en local de conditionnement.

Aviculture : pourquoi un geste léger devient-il lourd ?

Parce qu’un plateau d’œufs ne pèse rien et qu’on le pose trois cents fois. C’est le nombre qui use, pas la charge : ce sont les TMS du ramassage des œufs, et ils se traitent par la hauteur du plan de travail.

Apiculteur en combinaison complète, voile et gants, portant une hausse pleine à bout de bras sur quelques mètres jusqu'à une remorque, sans équipement d'assistance
Une hausse pleine portée jusqu’à la remorque.

Apiculture : combien pèse une hausse pleine ?

Pleine, elle se porte à bout de bras sur quelques mètres, et plusieurs fois de suite. Bras tendus, le dos paie pour les bras : ce sont les TMS du port des hausses, un métier que personne ne compte.

Exploitant sur le marchepied d'une cabine de tracteur sans marque, une main sur la poignée, au bord d'un champ labouré
Le marchepied de la cabine, au bord d’un champ labouré.

Grandes cultures : la cabine fatigue-t-elle plus que le champ ?

Souvent, oui. Les vibrations du corps entier en cabine travaillent le rachis assis, et vingt descentes de marchepied par jour finissent le travail. Le siège compte autant que l’outil attelé.

Quatre facteurs de risque se lisent ici à ciel ouvert : la répétitivité, l’effort, la posture et le manque de récupération. Ils produisent des troubles aux noms précis : tendinite de la coiffe des rotateurs à l’épaule, épicondylite au coude, syndrome du canal carpien au poignet, lombalgie au bas du dos.

Les signes d’alerte sont les mêmes partout : une douleur qui reste après la nuit, une perte de force à la prise, un engourdissement au réveil. Les facteurs individuels, l’âge et les antécédents, changent le moment où ils apparaissent, jamais la cause. Le feuillet 66128 de la Suva sert de grille pour poser ces constats devant le geste.

Pourquoi les statistiques fédérales ne parlent-elles pas de vous ?

Parce que vous n’êtes pas dans l’échantillon. L’Enquête suisse sur la santé, qui sert de référence à presque tout ce qui s’écrit sur les conditions de travail dans ce pays, porte sur les salariés, agriculture exclue (SECO, Enquête suisse sur la santé 2022).

La conséquence est double. Aucun pourcentage fédéral ne décrit l’exposition d’un exploitant, et les chiffres qui circulent viennent de la caisse agricole française, dont les règles de reconnaissance et les aides n’existent pas ici.

Il y a une troisième raison, et elle est suisse. L’agriculture n’est pas assurée par la Suva : elle l’est par des compagnies privées, qui n’ont aucune obligation de faire remonter leurs chiffres à un point central.

Le service de prévention des accidents dans l’agriculture l’écrit à propos de ses propres données : « Il n’existe donc pas de statistiques complètes sur les accidents agricoles » (SPAA, « Accidents agricoles »). Ce constat porte sur les accidents, qui se déclarent ; une usure lente n’a aucun canal de remontée.

Les exploitations, elles, sont comptées : l’Office fédéral de la statistique les recense chaque année, avec les personnes qui y travaillent. Ce qui manque n’est pas le dénombrement, c’est la mesure de ce que le travail fait au corps.

L’absence de chiffre n’est pas une absence de problème. C’est un trou de mesure, et il a une suite : sur un domaine, la décision s’appuie non sur une statistique de branche, mais sur le relevé de vos gestes, à la saison où ils font mal.

La cotation RULA, que la Suva nomme, et le questionnaire nordique, employé par une étude du Secrétariat d’État à l’économie (SECO), ne remplacent pas une statistique : ils mesurent votre poste, à une date écrite.

Quelles solutions dans cet environnement de travail ?

Dans l’ordre de la hiérarchie STOP des mesures, et le premier niveau coûte souvent zéro franc. L’exemple le plus net est la reprise de caisse en vendange.

Huit branches, cinq zones du corps

Les zones du corps chargées par les gestes agricoles Un tronc central et cinq zones. La liste sous le schéma dit quelle branche charge quoi. Le geste Épaules Lombaires Poignets Genoux Rachis
  • Épaules : la traite, la taille des arbres, le paillage
  • Lombaires : la hotte, les caisses de cave, les hausses
  • Poignets : le sécateur, des milliers de serrages
  • Genoux : le maraîchage, accroupi rang après rang
  • Rachis : la cabine, vibrations et descentes
C’est la zone qui commande la mesure, pas la branche.

Et cela tient en une phrase : la hauteur de reprise change le geste avant tout équipement porté. La Suva recommande aux employeurs d’organiser les processus de travail et de mettre à disposition des moyens auxiliaires adaptés.

Pour la taille, c’est l’outil et la rotation. Un sécateur électrique bien dimensionné supprime l’effort de serrage, et l’alternance des rangs évite de tenir la même hauteur toute la journée. Pour la traite, c’est la hauteur de l’installation qui décide.

Dès qu’un domaine emploie quelqu’un, l’article 6 de l’ordonnance sur la prévention des accidents, l’OPA, met à la charge de l’employeur l’information sur les risques et l’instruction aux mesures de sécurité au travail.

L’équipement porté arrive en dernier, et il s’apprend. Dans un dossier vaudois, l’expert mandaté par l’assurance-invalidité évalue la baisse de pénibilité entre 20 et 30 %, et il y met une condition : qu’une éducation thérapeutique accompagne l’équipement (Terre & Nature, 17 octobre 2024). C’est une évaluation déclarée, et non une performance mesurée en laboratoire.

La question du financement se pose souvent juste après. Elle ne se traite pas ici : elle se lit sur le financement d’un exosquelette par l’assurance-invalidité. Le versant équipement du secteur se lit sur l’exosquelette en agriculture.

Par où commencer quand on travaille seul ?

Par la saison qui fait mal, et pas par la plus proche.

  1. Nommer les trois gestes qui reviennent le plus dans votre année, et les nommer avec les mots du domaine, pas avec ceux d’un formulaire. La cotation REBA, que le SECO range parmi les listes de contrôle d’observation, hiérarchise les postures observées.
  2. Relever la hauteur de reprise de ce qui se porte, et la remonter partout où c’est possible. C’est la mesure la moins chère et la plus rapide.
  3. Regarder l’outil avant le corps : un sécateur, une trayeuse, un chariot de rang changent plus de choses qu’un équipement porté.
  4. Ne décider de l’équipement qu’ensuite, à la saison concernée.

Nicolas Wüst vient sur le domaine, pendant les travaux, à la saison où le dos souffre. Et le relevé peut conclure qu’un chariot et une planche de calage suffisent : c’est une réponse utile, et elle évite un achat. La saison décide.

Nicolas Wüst, fondateur de NovaFree

Nicolas Wüst · Fondateur & CEO · Suisse romande

Vos équipes méritent mieux qu’une promesse de catalogue : des solutions qui tiennent à leur poste, dans leurs cadences. C’est ma conviction depuis mes années d’industrie, et c’est pour ça que NovaFree existe. Mon parcours sur LinkedIn

Nadja Broquet, ergonome NovaFree pour la Suisse alémanique

Nadja Broquet · Ergonome, santé au travail · Suisse alémanique

La santé au travail est un levier de performance et de pérennité pour les équipes. C’est ma conviction, et elle guide chaque poste que j’analyse, en français comme en allemand. Mon parcours sur LinkedIn

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Nicolas Wüst : 079 244 24 26
Nadja Broquet: 078 912 12 89

Vos questions

Que signifie l’abréviation TMS en agriculture et en viticulture ?

Les TMS, ou troubles musculo-squelettiques, en agriculture et viticulture sont les atteintes des muscles, des tendons, des nerfs et des articulations entretenues par le travail : le dos qui bloque après une journée de traite ou de taille, l’épaule qui tire à la vendange ou pendant les foins, la main qui s’endort la nuit. Elles s’installent geste après geste.

Les TMS sont-ils considérés comme des maladies professionnelles, et existe-t-il une indemnisation ?

Rarement considérés, rarement indemnisés. La reconnaissance de maladies professionnelles suit des règles strictes, et la plupart des atteintes du dos n’y entrent pas. Pour un indépendant, la conséquence est directe : ce qui n’est pas prévenu reste à sa charge, en jours de travail perdus, sans indemnisation.

Un exosquelette convient-il à une exploitation de trois personnes ?

Parfois, et seulement après avoir regardé le reste. Les modèles passifs n’ont ni batterie ni électronique à entretenir. Mais une hauteur de reprise, un chariot de rang ou un sécateur adapté règlent souvent le geste avant qu’un équipement porté ne soit utile.

Faut-il attendre la morte-saison pour faire relever un geste ?

Non : c’est l’inverse. Un geste ne se voit qu’au moment où il se fait, à la cadence où il se fait. En janvier, une vendange ne se relève pas ; en février, une taille se relève très bien. Le relevé se cale sur la saison qui fait mal, quitte à revenir deux fois dans l’année.