
Exosquelette de jambes en Suisse : quel usage au travail ?
Revue de littérature ZHAW sur mandat du SECO, 2024
Un carreleur passe une bonne partie de sa journée à hauteur de chape. Ce qu’un appui porté soutient dans cette position, et ce qu’il faut changer avant.
✓ Le conseil peut conclure : pas d’exosquelette · ✓ Le geste observé avant tout catalogue · ✓ Réponse sous 48 h ouvrées
En bref : un exosquelette de jambes de travail est un appui assis-debout porté, qui reprend une part du poids du corps en position accroupie ou debout. Ce n’est ni un dispositif de marche assistée, ni un équipement de loisir. NovaFree regarde le poste avant le catalogue.
Un carreleur passe une bonne partie de sa journée à hauteur de chape, genoux fléchis sous le bassin, à reprendre des carreaux posés au sol. Personne ne lui propose rien.
Les offres qu’il trouve parlent de randonnée assistée et de rééducation. Voici les trois usages, ce qui change sur un poste de pose de sol, et les limites de ces appuis. Le cadre général est sur le guide de l’exosquelette professionnel.
De quoi parle-t-on quand on cherche un exosquelette de jambes ?
De trois objets différents, que le même mot désigne. Les séparer évite de comparer ce qui n’est pas comparable.
L’appui de travail. Une structure portée sur les cuisses et le bassin, qui offre un siège là où il n’y en a pas. Elle sert un poste accroupi ou un poste debout prolongé, et elle ne fait pas marcher. Son usage relève de la loi sur le travail et de l’OLT 3.
Le dispositif de loisir. Un équipement motorisé destiné à la randonnée, vendu au grand public et testé par la presse. Il assiste la marche sur un sentier, pas un geste de production, et il n’a pas été conçu pour huit heures d’atelier.
Le dispositif de soin. Un appareil de rééducation ou d’aide à la marche, utilisé après un accident vasculaire cérébral ou une lésion médullaire. Il relève du médical. On y trouve des exosquelettes de rééducation à double jambe, qui visent à faire remarcher et non à soulager un poste. Leur usage personnel est traité sur l’exosquelette au quotidien, hors du travail.
La suite ne parle que du premier. Le Secrétariat d’État à l’économie range tous ces dispositifs parmi les mesures Personnelles au sens du principe S-T-O-P, et recommande de privilégier d’autres mesures avant d’y recourir (SECO, brochure exosquelettes, 2025, p. 5).
Quels postes appellent une assistance des membres inférieurs ?
Deux familles, et elles n’ont rien en commun sauf les jambes. Le travail accroupi : pose de sol, carrelage, taille de la vigne, intervention sous machine. Le poste debout sans déplacement : assemblage, caisse, contrôle qualité, ligne de conditionnement. L’article 24 de l’OLT 3 en dit déjà quelque chose : espace libre autour du poste, position naturelle du corps, travail assis ou alternativement assis et debout.
La construction compte parmi les branches où les positions douloureuses ou fatigantes sont les plus déclarées : 57,8 % des salariés du secteur les subissent au moins un quart de leur temps de travail, et 45,3 % des salariés de l’industrie les subissent dans les mêmes conditions (SECO, 2024). Ces écarts décrivent une exposition, pas une fatalité.
Deux exemples valent mieux qu’une liste. Dans un rang de vigne, la taille d’hiver se fait pliée ou accroupie pendant des heures, sur un sol irrégulier, par temps froid : aucun siège ne tient là, et le déplacement entre deux ceps est court.
En caisse ou en contrôle qualité, la personne reste debout au même endroit toute la vacation. Le déplacement est nul, et le besoin s’inverse.
Le même poste de pose de sol, avant et après
Avant
Après
- Le bassin trouve un appui : le poids du corps ne repose plus entièrement sur les genoux et sur les chevilles. L’appui ne fait pas le travail, il le partage.
- Les carreaux remontent sur un chariot bas : c’est l’aménagement, pas l’équipement, qui fait disparaître la flexion du tronc à chaque prise.
Images générées, personnes fictives. Elles illustrent une situation de travail, elles ne documentent pas un chantier réel.
Le droit connaît d’ailleurs le second cas depuis longtemps. L’article 24, alinéa 3, de l’ordonnance 3 relative à la loi sur le travail (OLT 3) prévoit que les personnes travaillant debout « disposeront de sièges qu’elles pourront utiliser de temps à autre ».
Un siège fixe coûte moins qu’un appui porté, et il se pose le jour même : c’est la première chose à vérifier.
Quelles sont les limites de ces dispositifs ?
Elles sont réelles, et les fiches produit les mentionnent rarement. En voici quatre.
Le déplacement. Un appui assis-debout gêne dès qu’il faut marcher, monter un escalier ou franchir un obstacle. Sur un poste où l’on bouge toutes les deux minutes, il ne sera pas porté. L’article 2 de l’OLT 3 demande d’éviter les efforts excessifs ou trop répétitifs. Un appui resté au vestiaire n’évite rien.
L’autonomie, pour les modèles motorisés. Elle dépend de la tâche, de la température et du poids de la personne, et l’écart entre l’autonomie annoncée et l’autonomie constatée est le reproche le plus régulier fait à ces équipements. Un modèle sans moteur n’a pas ce défaut ; la différence entre les deux familles est expliquée sur exosquelette actif ou passif.
Le report de contrainte. Ce que les genoux ne prennent plus, une autre articulation le prend parfois, et le dos en premier. Les atteintes de la zone sont décrites sur les troubles des genoux et des jambes au travail. L’article 3 de l’OPA demande à l’employeur de contrôler ses mesures de protection à intervalles appropriés.
Le temps de mise et l’hygiène. Une structure qui se sangle aux cuisses et au bassin prend une à deux minutes à enfiler, et autant à retirer. Sur un chantier où l’on change trois fois de tâche dans la matinée, ce temps-là décide de tout : un équipement qu’on retire à chaque déplacement finit dans le fourgon.
S’y ajoute le partage entre plusieurs personnes, qui suppose un nettoyage régulier des parties en contact avec le corps et une taille disponible pour chacune. L’article 27 de l’OLT 3 le dit des équipements individuels de protection : quand plusieurs personnes en partagent un, l’employeur prend les mesures nécessaires au maintien de la protection de la santé.
Et le doute de fond, enfin. La revue de littérature commandée par le Secrétariat d’État à l’économie à la Haute école zurichoise de sciences appliquées le dit sans détour : l’implantation d’un exosquelette ne devrait pas être guidée par la mode, mais par un besoin réel.
Le texte original dit « Implementing an exoskeleton should not be driven by trends but by genuine need » (ZHAW pour le SECO, 04.07.2024, p. 29). C’est le contraire de ce que dit un catalogue.
Comment décider, d’Yverdon à Martigny ?
En regardant le poste avant le catalogue. Nicolas Wüst observe le geste sur place, aux heures où il se fait, et compte le temps réellement passé accroupi ou debout sans bouger. Le feuillet 66128 de la Suva sert de trame au relevé.
Vient ensuite ce qui ne se porte pas : un siège, un chariot bas, une rotation entre deux postes. Si ces mesures suffisent, il n’y a pas d’exosquelette, et nous le disons. Ces mesures-là sont techniques et organisationnelles : dans l’ordre STOP, elles viennent avant tout équipement porté.
S’il reste une contrainte, l’essai dure un mois, au poste, avec un physiothérapeute et un questionnaire rempli avant puis après. Nous ne tenons aucun stock et n’avons d’exclusivité avec aucune marque. Les postes de coût sont sur le prix d’un exosquelette.
Ce que l’essai mesure est simple à énoncer et long à obtenir : le temps réellement passé en appui, le nombre de fois où l’appui a été retiré, et ce que les porteurs en disent à la troisième semaine. Les deux premières semaines ne comptent pas : elles mesurent la nouveauté.
C’est la raison pour laquelle une démonstration d’une matinée ne décide de rien, et pourquoi nous n’en proposons pas.
Nicolas Wüst · Fondateur & CEO · Suisse romande
Vos équipes méritent mieux qu’une promesse de catalogue : des solutions qui tiennent à leur poste, dans leurs cadences. C’est ma conviction depuis mes années d’industrie, et c’est pour ça que NovaFree existe. Mon parcours sur LinkedIn
Nadja Broquet · Ergonome, santé au travail · Suisse alémanique
La santé au travail est un levier de performance et de pérennité pour les équipes. C’est ma conviction, et elle guide chaque poste que j’analyse, en français comme en allemand. Mon parcours sur LinkedIn
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Vos questions sur l’exosquelette de jambes
Quels sont les inconvénients d’un exosquelette de jambes ?
Il gêne dès qu’il faut marcher, et il reporte une part de la contrainte. S’ajoutent le temps d’enfilage, l’encombrement dans un passage étroit, et, pour les modèles motorisés, une autonomie qui dépend de la tâche et de la température. Sur un poste où l’on se déplace souvent, ce n’est pas la bonne mesure.
Qui peut bénéficier d’un appui assis-debout au travail ?
Quelqu’un qui reste longtemps dans la même position basse ou debout, sans se déplacer. Un carreleur, un vigneron à la taille, un opérateur de ligne, une personne en caisse. À l’inverse, un magasinier qui parcourt des allées toute la journée n’en tirera rien : c’est la stabilité du poste qui décide, pas le métier.
Un exosquelette de jambes remplace-t-il un siège ?
Non, et c’est plutôt l’inverse. Quand un siège peut être posé au poste, il coûte moins, ne se porte pas, ne se recharge pas et ne gêne aucun déplacement. L’appui porté ne se justifie que là où aucun siège ne tient : sur une chape, dans un rang de vigne, sous une machine.